Hécatombe

Je regarde par la porte pour voir ce qui m’attend en dehors de ce congélateur miniature… Tout est calme, je n’entends absolument rien. A vrai dire, c’est tellement calme que j’en ai des frissons, à moins que ce ne soit dû au froid ambiant. Tout est blanc, immaculé, du moins, pour ce que j’en vois, c’est-à-dire pas grand-chose.
Je me retourne, en prenant soin de ne pas me griffer contre le fond. C’est là que je remarque que je suis sur une plaque en métal coulissante, c’est cela qui me griffe la peau déjà très fragile, depuis tout à l’heure. Alors, je tends les bras vers l’extérieur, mes doigts sont brûlants, tant la différence de température est importante entre l’intérieur et l’extérieur de cette étroite boîte. J’en agrippe le bord et, dans une énième inspiration, après bien des essais, avec toute l’énergie et le peu de force qu’il me reste, je tire sur mes bras pour faire coulisser la plaque de métal, alourdie par mon propre poids.
Je sens l’air chaud caresser mon visage, mes bras, ma poitrine dénudée, ce dont je ne me rends compte qu’à l’instant. Soudain, après la caresse de l’air chaud, ma peau me brûle chaque millimètre carré qui est entré en contact avec celui-ci, trop chaud, en comparaison avec le froid glacial qui règne dans cette boîte.
J’ouvre les yeux et la lumière aveuglante m’obstrue la vue. Après quelques secondes, mes yeux s’habituent à une telle luminosité et j’observe calmement, méthodiquement la salle : je suis trois casiers au-dessus du sol, lequel me semble loin. Au milieu, face à moi, il y a une table d’opérations, derrière, des prélèvements, des appareils tels qu’un microscope ainsi qu’un arsenal complet de chirurgie : scalpel, écarteur… Il semble donc que je sois dans un bloc opératoire ou quelque chose du même genre.
Ne voyant personne autour et n’entendant pas le moindre bruit, je pousse encore un peu plus sur mes bras afin de faire sortir la plaque coulissante de son caisson. Là encore, l’air chaud me brûle la peau, comme si je n’avais jamais été exposée au soleil de toute ma vie, comme si c’était la première fois que mon corps connaissait pareille chaleur. Je me recroqueville sur moi-même et rentre légèrement dans mon caisson. J’aurais dû y rester, au moins je ne brûlerais pas comme ça. Je patiente quelques minutes, le temps que je m’acclimate à ce brusque changement de température.
Après ce qui me semble cependant une éternité, je délie mes bras jusque là serrés autour de mes jambes, relève la tête enfoncée dans mes genoux. Je ressors du caisson, prends garde à ne pas tomber ni me blesser, m’accroche au bord de la plaque en métal sur laquelle je suis perchée et en descends.
Mes pieds nus touchent le carrelage froid et je tressaille. Je cache ma poitrine avec mes bras et cherche de quoi m’habiller. Tout ce que je trouve sont des vêtements jetés à la poubelle mais je m’en fiche : je veux juste avoir quelque chose sur le dos. Une fois habillée, j’inspecte plus attentivement les lieux.
Au bout de la table d’opération, il y a un lavabo aussi immaculé que le reste de la salle. Tout est tellement blanc, parfaitement propre que je suis un peu mal à l’aise. Même le scalpel et l’écarteur sont impeccables. J’observe les mêmes casiers que celui dans lequel j’étais en me demandant si d’autres personnes y sont enfermées également, si elles vont pouvoir m’éclairer et me donner des réponses aux questions que je me pose depuis que je me suis réveillée. Par exemple pourquoi j’étais enfermée nue dans une sorte de chambre froide, ce qu’il m’est arrivé…
Cédant à ma curiosité, j’ouvre un premier casier. Une autre personne s’y trouve, allongée sur le dos. Elle est blanche et froide, comme moi il y a quelques minutes, sauf qu’elle est immobile. Je la secoue légèrement par l’épaule, elle ne réagit pas. Pourquoi ?
J’ouvre un deuxième casier, puis un troisième et finis par tous les ouvrir pour faire à chaque fois le même constat : toutes ces personnes dorment, sans respirer, sans faire le moindre mouvement. Ils sont tous morts.

    Il n'y a pas encore de suite à ce texte...
    Un lecteur plein de talent et d'idées passera peut-être par ici... :-)

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Allen Walker
18.5cm
L'auteur :

Il est très effrayant, certes mais si vous le rencontrez, ne lui montrez surtout pas votre peur ou vous finirez .....

Publié dans Projet 1
1 commentaire
  1. Écume d'une plume

    74 347

    Écume d'une plume :

    C’est très intéressant ! Il faut juste le bon temps pour se rendre compte qu’elle est dans une morgue, et la confirmation à la fin vient juste à point.
    Je suis très enthousiaste !
    :love:

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