Chapitre 4: Amies ou ennemies ?

Le fil de mes souvenirs est brusquement interrompu et une lumière vive remplace l’obscurité dans laquelle j’étais plongée. Mes yeux s’acclimatent rapidement à la luminosité. Je suis assise devant un piano, les mains posées à plat sur mes genoux. Quelqu’un joue à côté de moi, du Bach, il me semble. Je veux tourner la tête pour voir de qui il s’agit mais ne peux pas. Alors j’observe attentivement ce qu’il y a devant moi. Le piano est blanc, immaculé, il semble neuf et sonne parfaitement juste. Le mur juste derrière est dans les tons crème et marron, lambrissé et des tableaux y sont accrochés.
L’un d’eux attire particulièrement mon attention : il s’agit d’un triptyque avec au milieu une petite fille rousse aux yeux bleus, très jolie, et sur les côtés un homme et une femme, probablement ses parents. L’homme sur le panneau de gauche est brun, porte des lunettes et la moustache. Il est très bien habillé, dans un style qu’on n’a pas l’habitude de voir à Moscou.
J’essaie à nouveau de bouger la tête, même un peu… En vain. J’essaie encore mais rien à faire. Je reporte donc mon attention sur le tableau et grave dans ma mémoire les visages qui y sont représentés. La petite fille, qui doit avoir environ dix ans, porte une robe en mousseline blanche ornée de fleurs rose pâle. Ses cheveux roux tombent en boucles anglaises sur ses épaules. Elle a autour du cou un médaillon en or et un collier de perles, du même rose que les fleurs de sa robe. Sa peau est très pâle, mais peut-être est-ce dû à la peinture, aux rayons du soleil… La femme sur la droite est blonde aux yeux bleus. Elle a les traits fins et semble aussi pâle que la fille.
Le morceau, doux et harmonieux, touche à sa fin. La personne à côté de moi se lève et fait le tour du banc.
-Qu’en penses-tu, Thanatosia ? Je me suis beaucoup entraîné, tu sais, dit-il fièrement en me caressant les cheveux. J’espère que ça t’a fait plaisir, tu as toujours tellement aimé le Prélude de Bach.
Thanatosia ?
Il se penche vers moi, ses yeux verts, illuminés d’un éclat de joie immense, rencontrent les miens. Je veux bouger, reculer mais n’y arrive pas. J’essaie de parler mais ne peux pas. Je ne peux rien faire, ni me défendre, ni m’enfuir, rien. Je ne peux qu’attendre, attendre de retrouver un semblant d’énergie. Cet homme est probablement celui du tableau, en plus vieux bien-sûr.
Il tend les bras vers moi, passe ses mains sous mes aisselles et me soulève du banc sans effort apparent. Il me repose à terre, debout et étonnamment, j’arrive à me tenir droite sur mes jambes, sans faire d’effort pour cependant.
-Viens, ma chérie, je vais te montrer tes nouvelles amies.
Des amies ? De quoi parle-t-il ? Y a-t-il d’autres victimes, a-t-il enlevé d’autres jeunes femmes ? Il se penche à nouveau vers moi et me prend dans ses bras, en passant un autour de mes cuisses de sorte que je sois assise dessus. Il m’emmène loin du piano et je me retrouve devant une poupée de porcelaine assise dans un fauteuil à bascule.
-Voici ta première nouvelle amie, Meiko. Meiko, dis bonjour à Thanatosia.
-Bonjour Thanatosia, je suis Meiko, une poupée qui parle.
Une poupée qui parle ? De façon cohérente, pas comme si elle avait été programmée ? Pourquoi veut-il que je sois amie avec une poupée ? Ces trucs m’ont toujours fait flipper, avec leurs yeux qui semblent si… vivants qu’on dirait des vrais. Attendez, c’est moi Thanatosia ?
-Thanatosia, dis bonjour à Meiko.
Aucun son ne sort de ma bouche, je ne bouge pas.
-Thanatosia ?
Toujours rien.
-Toi, t’es comme Nayala, tu sais pas parler.
Elle peut réfléchir ? Elle analyse ce qui se passe autour d’elle ? Comment une poupée peut-elle faire ça ? Une poupée ne pense pas… Minute. Qui est Nayala ?
-C’est vrai que je ne te l’ai pas encore présentée. Nayala ? Viens au salon, Nayala.
Des bruits de pas résonnent dans le salon et viennent de derrière. L’homme se retourne en me tenant toujours dans ses bras. Il se baisse et s’accroupit, me pose à terre, tandis qu’une autre poupée vient vers moi. Le style est complètement différent de l’autre. Alors que Meiko a de petits yeux bridés et de longs cheveux noirs, Nayala a de grands yeux verts et les cheveux blonds coupés court/ meiko porte un kimono attaché à l’arrière comme les geishas, elle a la peau très blanche et est maquillée. Au contraire, Nayala est habillée dans un style plus occidental et plus moderne : elle porte une veste à épaulettes militaire sur une chemise blanche, le tout orné de chaînes dorées qui s’accordent à ses cheveux. Elle a aussi une montre à gousset autour du cou et un bibi plein de dentelle noire sur la tête.
-Thanatosia, voici Nayala, ta deuxième nouvelle amie.
La dite Nayala me regarde droit dans les yeux, son regard est aussi perçant et acéré que celui d’un rapace.
-Nayala, serre la main de Thanatosia.
La poupée aux yeux émeraude le regarde avant de s’avancer un peu plus vers moi et de me tendre la main. Je ne bouge pas. D’abord parce que je déteste les poupées et puis de toute manière je ne peux même pas regarder autre part que devant moi, ni cligner des yeux, alors tendre la main vers elle…
Je me rends soudain compte d’une chose : je ne respire toujours pas. Pour autant, je sens bien que je n’en ai aucun besoin. Comment cela est-il possible ? Un humain normalement constitué serait déjà mort depuis longtemps. Alors comment se fait-il que je sois toujours en vie ?
-Thanatosia, serre la main de Nayala.
J’essaie. J’essaie vraiment mais rien à faire, je ne peux pas. Mes muscles ne répondent pas, je n’ai aucun contrôle sur mon corps.
Il se déplace et vient se poster juste devant moi, agenouillé entre Nayala et moi, les mains sur mes épaules.
-Thanatosia, regarde-moi, ma chérie.
Son ton est empreint d’un très ancien chagrin, à tel point que j’éprouve presque de la peine pour lui. Cependant, bien que je ressente une certaine compassion envers sa souffrance, je ne me sens pas réellement triste pour lui.
Du reste, je ne parviens toujours pas à détourner le regard des yeux vert émeraude de Nayala, des yeux illuminés d’un éclat que je ne saurais déterminer.
-Peut-être qu’il lui faut encore un peu de temps ?
Il a toujours les mains sur mes épaules, mais s’est tourné vers ma « nouvelle amie ». Elle hoche la tête et il me reprend dans ses bras. Il m’emmène hors de la pièce pour entrer dans un corridor. Nayala reste au salon, s’approche de Meiko, qui se lance dans un monologue.

    Il n'y a pas encore de suite à ce texte...
    Un lecteur plein de talent et d'idées passera peut-être par ici... :-)

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Allen Walker
19.4cm
L'auteur :

Il est très effrayant, certes mais si vous le rencontrez, ne lui montrez surtout pas votre peur ou vous finirez .....

Publié dans Projet 1

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